Jésus invitait à oser croire que Dieu est tendresse et honneur, en lui-même et pour toutes et tous. Il invitait chacun à être pauvre de coeur, à avoir les mains ouvertes, à ne pas s'épuiser dans la recherche de la première place; il invitait à se dire que l'on n'est jamais arrivé, et ainsi à être jeune aujourd'hui et l'être et l'être encore demain. Il invitait à être doux, tenacement doux, à être à ce point fort que l'on se fiche d'être berné par ceux qui se croient plus forts, à être tendre envers autrui comme envers soi-même. Il invitait à savoir pleurer, à se laisser être atteint, à avoir un coeur vulnérable comme le coeur de Dieu même, à clamer d'horreur devant les innocents qu'on assassine, à crier comme un fou, en prophète et en vivant, devant le mal, la souffrance et la mort. Il invitait à avoir faim et soif de justice, à inventer avec autrui de justes relations, à communiquer avec naturel et plaisir, à avoir la passion du dialogue avec autrui comme avec Dieu, à vivre ceci qu'il est : juste être en gratitude envers tous ceux qu'on rencontre, car on reçoit toujours d'autrui. Il invitait à la tendresse, à avoir un coeur qui ne craint pas d'aimer ne de se laisser aimer, qui laisse le passé au passé, qui oublie les blessures jadis reçues et donne à l'agresseur une nouvelle chance aujourd'hui, et, peut-être alors, celle d'une amitié nouvelle. Il invitait à avoir un coeur tout net auprès de qui autrui trouve fraîcheur et respiration, un coeur qui ne perd pas son temps à moraliser, qui ose dire l'élan d'affection qu'il sent jaillir en lui. Il invitait à lutter pour la paix, à créer jour après jour, à agir en étant soi-même désarmé, à transformer en liens vrais les inimitiés les plus nouées et les oppositions les plus tordues. Jésus invitait au Bonheur.
Les Béatitudes selon Saint - Matthieu.